Le ministre britannique des Affaires étrangères David Cameron a appelé lundi Israël à s’abstenir de riposter après l’attaque menée durant le week-end par Téhéran.

“Nous voulons éviter une escalade de ce conflit”, a déclaré le chef de la diplomatie britannique sur les ondes de la BBC, “nous disons très clairement que nous ne soutenons pas une frappe en représailles”.

Israël et ses alliés ont affirmé avoir intercepté la quasi-totalité des plus de 350 missiles et drones envoyés par l’Iran dans la nuit de samedi à dimanche dans une attaque directe inédite sur le territoire israélien.

“L’Iran a tenté une attaque massive contre Israël”, qui si elle n’avait pas été contrecarrée avec succès, aurait pu faire “des milliers de victimes”, a déclaré David Cameron.

Il s’agit selon lui d’une “double défaite pour l’Iran” car “non seulement l’opération n’a pas été couronnée de succès et presque toutes les armes ont été abattues”, mais le monde voit aussi l'”influence mauvaise” de Téhéran dans la région.

Le chef de la diplomatie britannique a en outre affirmé un peu plus tôt dans une émission télévisée de la BBC que Londres envisageait de nouvelles sanctions contre l’Iran.

“Oui, absolument”, a-t-il répondu, interrogé à cet égard, “nous continuerons à examiner quelles mesures supplémentaires nous pouvons prendre”.

Il a indiqué que le Premier ministre Rishi Sunak évoquerait la question dans une déclaration au Parlement, attendue dans la journée selon les médias britanniques.

Macron reconnaît que la France a procédé à des interceptions

“Nous avons une base aérienne en Jordanie pour lutter contre le terrorisme. L’espace aérien jordanien était violé par ces tirs. Nous avons fait décoller nos avions et nous avons intercepté ce que nous devions intercepter “, a indiqué le président français Emmanuel Macron sur BFMTV et RMC, précisant que l’intervention tricolore s’est faite “ à la demande de la Jordanie “.

Le chef de l’État français a été interrogé sur l’attaque de l’Iran contre Israël. “ C’est une victoire d’Israël parce qu’ils ont réussi à stopper la quasi-totalité de ces missiles et de ces drones “, a souligné le président. “ Nous avons condamné, nous sommes intervenus et maintenant, nous allons tout faire pour éviter l’embrasement, c’est-à-dire l’escalade “, a-t-il assuré. Le président, qui doit s’entretenir aujourd’hui avec Benyamin Netanyahou, estime qu’il faut désormais “ convaincre Israël qu’il ne faut pas répondre en escaladant, mais plutôt en isolant l’Iran, et réussir à convaincre les pays de la région que l’Iran est un danger “. Il a notamment appelé à “ accroître les sanctions “ contre Téhéran.

L’Iran dit avoir agi par “légitime défense”

L’Iran a affirmé dimanche à l’ONU n’avoir “pas eu d’autre choix que d’exercer son droit à l’autodéfense” en lançant des centaines de drones et de missiles vers Israël, qui a, pour sa part, réclamé “toutes les sanctions possibles” contre Téhéran.

Cette attaque sans précédent, baptisée “Promesse honnête”, a été déclenchée dans la nuit de samedi à dimanche, en riposte à une frappe israélienne contre le consulat d’Iran à Damas le 1er avril. Elle fait craindre un embrasement régional, alors qu’Israël mène depuis 7 mois une guerre dévastatrice contre les Palestiniens.

Israël a affirmé avoir “déjoué” cette opération nocturne en abattant, avec l’aide des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France et d’autres pays, 99% des plus de 350 projectiles — drones, missiles balistiques et missiles de croisière — qui se dirigeaient vers son territoire.

“L’attaque sans précédent de l’Iran a été contrée par une défense sans précédent”, s’est félicité le porte-parole de l’armée israélienne, le contre-amiral Daniel Hagari.

L’Iran a dit avoir “atteint tous ses objectifs”

Seuls quelques missiles balistiques “sont entrés et ont touché légèrement” une base militaire, qui reste en activité, a affirmé l’amiral Hagari, faisant état de plusieurs blessés légers ainsi qu’une fillette de 7 ans placée en soins intensifs.

L’agence iranienne Irna a signalé de “sérieux dégâts dans la plus importante base aérienne du Néguev”, dans le sud d’Israël.

L’ONU “a failli à son devoir de maintenir la paix et la sécurité internationales” en ne condamnant pas la frappe du 1er avril contre le consulat iranien à Damas, a déclaré l’ambassadeur d’Iran aux Nations Unies Amir Saeid Iravani lors d’une réunion du Conseil de sécurité convoqué en urgence dimanche soir.

“Dans ces conditions, la République islamique d’Iran n’a pas eu d’autre choix que d’exercer son droit à l’autodéfense”, s’est-il défendu.

Il a assuré que Téhéran ne voulait pas d’escalade, mais répondrait à “toute menace ou agression”.

  • “Au bord du précipice” –

L’ambassadeur israélien, Gilad Erdan, a pour sa part appelé le Conseil de sécurité à “imposer toutes les sanctions possibles contre l’Iran avant qu’il ne soit trop tard”.

S’exprimant lors de cette réunion, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a averti que “le Moyen-Orient est au bord du précipice”. Il a condamné à la fois l’attaque iranienne et la frappe contre le consulat iranien à Damas, soulignant le “principe d’inviolabilité” des établissements diplomatiques.

Cette frappe avait coûté la vie à sept soldats iraniens. Téhéran a accusé Israël, qui n’a ni confirmé ni démenti.

L’Iran a lancé cette attaque plus de six mois après le début de l’offensive menée par Israël dans la bande de Gaza.

Parallèlement à cette attaque, le Hezbollah libanais et les rebelles yéménites houthis, ont tiré des roquettes et des drones en direction du territoire israélien.

Israël est depuis la révolution iranienne de 1979 l’ennemi juré de l’Iran, qui appelle à sa destruction. Mais jusqu’à présent, Téhéran s’était gardé d’attaquer frontalement Israël, et les deux pays avaient l’habitude de s’affronter par tiers interposés.

Plusieurs analystes jugent quasi inévitable une riposte d’Israël. Toutefois avant de riposter, “il ne s’agit pas seulement de consulter, mais d’obtenir l’approbation de Washington”, a assuré Tamir Hayman, ancien chef du renseignement militaire israélien.

L’Iran de son côté semble avoir voulu éviter une escalade, a souligné Nick Heras, analyste du groupe de recherche américain New Lines Institute for Strategy and Policy. Cette attaque “était destinée à être vue dans le monde entier, mais pas à faire dégénérer la situation en une guerre régionale totale”, a-t-il déclaré à l’AFP.

  • Des otages à Rafah –

Pendant ce temps, la guerre se poursuit dans la bande de Gaza, où l’armée israélienne a tué dimanche 43 morts en 24 heures, selon le ministère de la Santé du Hamas, ce qui porte à 33.729 le nombre de tués, en majorité des civils, dans les opérations militaires israéliennes.

Cette guerre, souvent assimilée à un génocide, est intervenue après la mort de 1.170 personnes, en majorité des civils, selon un décompte établi par l’AFP à partir de données officielles israéliennes, dans une incursion menée le 7 octobre dans le sud d’Israël par le Hamas depuis Gaza. Plus de 250 personnes ont été enlevées et 129 restent retenues à Gaza dont 34 sont mortes, d’après des responsables israéliens.

Israël et le Hamas n’arrivent pas à s’accorder sur les modalités d’une paix à Gaza.

Le Hamas réclame notamment un cessez-le-feu définitif tandis qu’Israël maintient son projet d’offensive terrestre contre la ville de Rafah, refuge pour un million et demi de Palestiniens dans le sud de la bande de Gaza.

L’armée a affirmé dimanche que des otages enlevés le 7 octobre se trouvaient à Rafah, à l’extrême sud du territoire palestinien. “Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour les ramener chez eux”, a déclaré l’amiral Hagari.

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