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Souriez, c’est Jeudi ! Sonko et Mélenchon : Un accord imparfait

Le 16 mai 2024, à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Ousmane Sonko, Premier ministre du Sénégal et Président du (PASTEF) (Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail l’Éthique et la Fraternité) a reçu Jean-Luc Mélenchon, farouche opposant du Président de la République française, Emmanuel Macron, pour échanger sur le thème : «Les relations entre la France et l’Afrique».

A peine deux mois au pouvoir, Sonko a choisi de rencontrer en premier lieu un opposant qui l’a soutenu durant toutes ses années de souffrance avec des arrestations répétitives, une incarcération invraisemblable qui l’a empêché de concourir à l’élection présidentielle de 2024. Il a beau précisé qu’il rencontrait Mélenchon, en tant que chef de parti, néanmoins, il faut considérer que ce show est un pied de nez à la France et surtout à Emmanuel Macron.

Il a pris sa revanche contre Macron qu’il considère complice des violences et exactions qu’il a subies durant ces trois dernières années. Selon le Président du PASTEF, l’absence de condamnation de la politique de répression de l’ancien Président Sénégalais, Macky Sall, est synonyme d’approbation.

Notons que c’est la première fois qu’un premier ministre sénégalais, fraichement désigné, rencontre en premier lieu un opposant au chef de l’État français, avec lequel le Sénégal ne pourra avoir aucun accord bilatéral en termes d’échanges économiques, militaires, culturels, sociaux…

L’intérêt de cette rencontre résidait sur la capacité des deux hommes à créer un lien fort pour favoriser l’émergence d’une coalition internationale, à l’instar du Parti Socialiste sénégalais (PS) qui est affilié à l’Internationale socialiste. Les deux hommes ont signé symboliquement des actes politiques qui les fédèrent : la justice sociale, l’anticapitalisme, la souveraineté des peuples.

Le duo respirait l’harmonie, il était en symbiose avec des étudiants fiévreux qui ont enfin entendu un discours qui tranchait d’avec celui de Nicolas Sarkozy, dans cette même université, le 26 juillet 2007 : «Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire», disait l’ex-chef d’État Français. Cette phrase a rendu inaudible la deuxième partie de son discours où il considérait la colonisation comme un crime.

Il n’y a pas l’ombre d’un doute que les valeurs de gauche sociale étaient bien partagées et les prémices d’une collaboration entre partis «frères» ont vu le jour, à moins que les questions sociétales viennent ternir cette lune de miel.

En effet, les deux protagonistes n’étaient d’accord sur rien, concernant l’homosexualité et la polygamie. Des joutes verbales polies ont montré la limite de la cohérence de leurs projets communs. Leurs positions dans ces domaines étaient fondamentalement opposées et chacun s’adressait à sa communauté.

Jean Luc Mélenchon, grand tribun, est un personnage politique qu’on ne peut pas museler. Ses positions s’adressaient surtout à ces concitoyens français et à sa base politique. Il ne pouvait que réaffirmer ses valeurs et ses combats de lutte pour défendre les minorités.  Quant à Sonko, son discours rappelle tout simplement les quelques principes de la religion musulmane. Il était impossible de se convaincre mutuellement. Nous avons assisté à un différend qui était déjà connu, mais qui a occulté l’essentiel de ce débat.

Le dialogue des cultures dans ces domaines aboutit souvent à un désaccord profond. Lorsque Ousmane Sonko, sous forme de boutade ou de provocation, disait : «Nous débarquerons à Paris avec les deux dames», je l’imagine mal au congrès de La France Insoumise (LFI) avec ses deux épouses et tenir le même discours que celui de l’université Cheikh Anta Diop. Des huées se feraient entendre, comme ce fut le cas à Dakar, concernant la prise de position de Mélenchon.

Une «coalition» est née; il reste néanmoins l’arrivée au pouvoir de La France Insoumise pour concrétiser ces projets en phase de gestation. Sinon, nous resterons dans des dénonciations qui sont reprises en chœur par les Africains et qui n’auront aucun impact sur les relations entre la France et l’Afrique.

Alassane THIAM

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